« C’est moi qui l’ai fait ! »
Quelques mots, parfois accompagnés d’un dessin brandi très fièrement devant toi.
Pour un adulte, ce n’est peut-être qu’un assemblage de carton, un coloriage qui dépasse ou une construction un peu bancale.
Pour l’enfant, l’expérience peut être tout autre.
Il a imaginé. Choisi. Essayé. Peut-être raté. Recommencé. Et il peut maintenant regarder le résultat de son action.
Les activités manuelles et créatives lui offrent ainsi de nombreuses occasions de vivre une expérience essentielle :
« J’ai réussi à faire quelque chose par moi-même. »
Peut-on pour autant affirmer que colorier, découper ou dessiner développe automatiquement la confiance en soi ?
Non. La recherche invite à être plus nuancé.
Les activités artistiques et créatives ont été associées dans plusieurs travaux à la confiance, à l’estime de soi ou au bien-être. Mais les études sont très différentes les unes des autres et ne permettent pas d’attribuer ces bénéfices à n’importe quelle activité créative.
Alors, qu’est-ce qui peut rendre le fait de créer de ses mains intéressant pour la confiance de l’enfant ?
La confiance se construit aussi en faisant
Dire à un enfant « tu es capable » peut l’encourager.
Mais il existe une différence importante entre entendre qu’on est capable et faire soi-même l’expérience d’une réussite.
Lorsqu’il crée, l’enfant peut :
- prendre une décision ;
- essayer une idée ;
- rencontrer une difficulté ;
- modifier sa façon de faire ;
- demander de l’aide ;
- recommencer ;
- constater le résultat de son action.
Il ne reçoit pas seulement un encouragement extérieur.
Il dispose d'une expérience concrète sur laquelle s'appuyer : « J’ai essayé et j’ai réussi à faire quelque chose. »
Le saviez-vous ? Réussir soi-même participe au sentiment de compétence
Les travaux sur le sentiment d’efficacité personnelle, notamment issus de la théorie d’Albert Bandura, s’intéressent à la croyance que nous avons en notre capacité à accomplir une action.
Parmi les sources qui contribuent à construire cette croyance figurent les expériences de maîtrise : les situations dans lesquelles une personne réussit elle-même à accomplir quelque chose.
Une étude menée auprès de 263 élèves entrant au collège a retrouvé plusieurs des sources théorisées du sentiment d’efficacité personnelle. Dans cet échantillon, les expériences de maîtrise constituaient le prédicteur le plus important des croyances d’efficacité académique et d’autorégulation.
Cela ne signifie évidemment pas que terminer un coloriage « fabrique » la confiance en soi.
Mais cela permet de comprendre pourquoi essayer réellement, progresser et constater ce que l’on parvient à faire peut être important.
Ce que l’enfant expérimente réellement lorsqu’il crée
Une activité créative ne se résume pas au résultat que l’on accroche ensuite sur le réfrigérateur.
Il fait des choix
Quelle couleur utiliser ?
Où placer cet élément ?
Par quoi commencer ?
Même très simples, ces décisions permettent à l’enfant d'expérimenter ses propres choix et d'en observer le résultat.
Il transforme quelque chose
Une feuille blanche devient un dessin.
Quelques morceaux deviennent une construction.
Une forme prend progressivement des couleurs.
Le résultat de son action est visible.
Et cette visibilité permet ce fameux :
« C’est moi qui l’ai fait. »
Il rencontre de petites difficultés
La pièce ne tient pas.
Le trait dépasse.
Le découpage ne suit pas exactement le chemin prévu.
C’est aussi là que l’activité devient intéressante.
L’enfant peut essayer autrement, demander de l’aide ou modifier son idée.
La difficulté n’annule pas nécessairement la création : elle peut faire partie du processus.
Le résultat parfait n’est pas l’objectif
Imaginons qu’un enfant veuille construire une fusée.
Elle tombe.
Il change sa base.
Elle retombe.
Il ajoute un morceau.
Cette fois, elle tient.
Sa fusée est peut-être très éloignée de celle que tu avais imaginée.
Mais ce n’est pas toi qui l’as construite.
Et c’est précisément ce qui compte.
Lorsque l’adulte intervient constamment pour améliorer le résultat, la création finale peut devenir plus jolie… tout en appartenant de moins en moins à l’enfant.
Avant d’intervenir, une question peut donc être utile :
« Est-ce que je l’aide parce qu’il en a besoin ou parce que je veux que le résultat soit plus beau ? »
Bien sûr, l’enfant peut réellement avoir besoin d’aide.
L’objectif n’est pas de le laisser se débrouiller coûte que coûte, mais de lui laisser une part réelle de l’action.
Que faire quand un enfant dit « Je suis nul » ?
Notre premier réflexe est souvent :
« Mais non ! Tu es très fort ! »
L’intention est bonne, mais essayons d’aller un peu plus loin.
Demande plutôt :
« Qu’est-ce qui te semble difficile ? »
L’enfant répondra peut-être :
« Je n’arrive pas à découper ici. »
Le problème n’est alors plus :
« Je suis nul. »
Il devient :
« Cette partie est difficile. »
Et ça change beaucoup de choses.
Tu peux ensuite proposer :
« Tu veux que je te montre comment tourner la feuille ? »
ou :
« Essaie jusqu’ici et je t’aide pour cette partie. »
L’aide porte alors sur la difficulté rencontrée, pas sur la valeur de l’enfant.
Faut-il corriger ce que fait l’enfant ?
Pas systématiquement.
Tout dépend de l’objectif.
S’il apprend à utiliser des ciseaux, une démonstration peut être utile.
S’il apprend un geste précis, certaines indications seront nécessaires.
Mais lors d’une création libre, corriger chaque couleur, chaque trait ou chaque élément mal placé selon nos critères d’adultes peut rapidement transformer l’activité en reproduction d’un modèle.
Avant de corriger, demande-toi :
Y a-t-il un problème de sécurité ?
Y a-t-il une compétence précise que nous sommes en train d’apprendre ?
Mon enfant m’a-t-il demandé de l’aide ?
Ou est-ce simplement différent de ce que j’aurais fait ?
Cette dernière question mérite parfois quelques secondes de réflexion.
Comment encourager sans juger uniquement le résultat ?
Tu peux évidemment dire :
« C’est magnifique ! »
Il n’est pas nécessaire de transformer chaque discussion avec son enfant en exercice pédagogique.
Mais tu peux aussi t’intéresser à ce qu’il a fait :
« Comment as-tu eu cette idée ? »
« Tu as essayé plusieurs fois cette partie. »
« Qu’est-ce que tu as changé ? »
« Quelle partie tu préfères ? »
Tu déplaces ainsi progressivement la conversation du seul résultat vers le processus.
Et lorsqu’un dessin est particulièrement mystérieux, plutôt que le redoutable :
« C’est quoi ? »
essaie :
« Raconte-moi ce que tu as créé. »
Cela évite quelques situations diplomatiques délicates avec des dinosaures que nous avions pris pour des pommes de terre.
Quelles activités proposer pour permettre à l’enfant d’essayer et de recommencer ?
Il n’existe pas d’« activité confiance en soi » universelle.
Le plus intéressant est de choisir des activités adaptées aux capacités de l’enfant, qui lui laissent suffisamment de liberté pour agir réellement.
Dessiner
Sans modèle obligatoire. L’enfant peut choisir ce qu’il souhaite représenter et comment le faire.
Construire
Cubes, cartons ou éléments à assembler permettent naturellement d’essayer, modifier, démonter et recommencer.
Découper et coller
Avec du matériel adapté à l’âge de l’enfant et la surveillance nécessaire, il peut créer sa propre composition.
Modeler
La pâte à modeler permet de transformer facilement une idée. Ce qui était un serpent peut devenir une lettre, puis un personnage.
Colorier
L’enfant peut choisir ses couleurs, l’ordre dans lequel il avance et la manière dont il souhaite personnaliser son support.
Et oui : un escargot peut parfaitement être bleu avec une coquille rose. La police des escargots ne viendra pas.
Pourquoi l’enfant aime-t-il parfois refaire la même activité ?
Ton enfant réclame encore le même coloriage, la même construction ou la même activité ?
Ce n’est pas nécessairement de l’ennui.
Répéter une activité permet notamment de pratiquer à nouveau des gestes ou des stratégies déjà rencontrés.
L’enfant peut aussi constater quelque chose de très concret :
« Avant, j’avais besoin d’aide. Maintenant, j’y arrive. »
Cette perception de la progression est particulièrement intéressante.
En revanche, évitons les formules trop générales comme « la répétition sécurise le cerveau ». Les mécanismes d’apprentissage sont beaucoup plus complexes.
Et si mon enfant n’aime pas dessiner ?
Aucun problème.
La créativité ne se limite pas au dessin.
Un enfant peut aimer :
- construire ;
- modeler ;
- découper ;
- assembler ;
- cuisiner avec un adulte ;
- fabriquer ;
- inventer des histoires ;
- décorer ;
- transformer des objets.
L’objectif n’est pas de faire entrer tous les enfants dans la même activité.
Il s’agit plutôt de découvrir ce qu’ils ont envie d’explorer et de créer.
Quel rôle pour le parent ?
Tu n’as pas besoin de devenir animateur d’atelier créatif.
Ton rôle peut simplement consister à :
- proposer du matériel adapté ;
- expliquer les règles de sécurité ;
- laisser quelques choix ;
- observer avant d’intervenir ;
- aider lorsque c’est nécessaire ;
- t’intéresser à ce que l’enfant est en train de faire.
Certains jours, tu créeras avec lui.
D’autres jours, il fabriquera quelque chose pendant que tu prépares le dîner à quelques mètres.
Les deux sont possibles.
Quand un support créatif devient un terrain d’expérimentation
Un bon support créatif n’a pas besoin de promettre vingt bénéfices éducatifs.
Il peut simplement offrir un point de départ à partir duquel l’enfant peut agir.
C’est aussi la philosophie des t-shirts à colorier 7J UN JOUR UN T-SHIRT.
Le dessin fournit une base.
Puis l’enfant choisit ses couleurs, avance comme il le souhaite, arrête, reprend et peut recommencer après le lavage.
Le support reste le même.
Sa création, elle, peut être différente à chaque fois.
L’intérêt n’est pas d’obtenir le coloriage parfait, mais de lui offrir un nouvel espace pour essayer.
À retenir
Créer de ses mains ne garantit pas qu’un enfant deviendra plus confiant.
La confiance en soi est beaucoup trop complexe pour dépendre d’une activité.
Mais les activités créatives peuvent offrir de nombreuses petites expériences :
choisir → essayer → rencontrer une difficulté → ajuster → recommencer → réaliser.
Et parfois, au bout de cette chaîne :
« Regarde ! C’est moi qui l’ai fait. »
Ce n’est pas une recette miracle.
C’est une expérience de plus dans laquelle l’enfant peut découvrir ce qu’il est progressivement capable de faire.
Sources documentaires
Vasilopoulos et al., 2026 — Frontiers in Health Services. Revue systématique de 34 études consacrées à des programmes artistiques chez des enfants de 6 à 12 ans. Les résultats de certains programmes sont encourageants, mais les auteurs soulignent notamment l'inconstance des effets des activités récréatives et une certitude faible à très faible pour les résultats de santé mentale étudiés.
Zarobe & Bungay, 2017. Revue de littérature identifiant des bénéfices potentiels des activités artistiques sur différentes dimensions, notamment la confiance et l'estime de soi, avec une importante hétérogénéité des recherches.
Usher & Pajares, 2006 — Contemporary Educational Psychology. Étude auprès de 263 élèves sur les sources du sentiment d'efficacité personnelle ; les expériences de maîtrise constituaient le prédicteur le plus important dans cet échantillon.
FAQ
Activités créatives et confiance en soi
Elles ne la développent pas automatiquement. Certaines recherches établissent des liens entre activités artistiques, confiance, estime de soi ou bien-être, mais les preuves restent hétérogènes. Elles peuvent surtout offrir à l’enfant des occasions de choisir, essayer, progresser et constater ce qu’il parvient à réaliser.
Il n’existe pas une activité unique reconnue pour « donner confiance ». Privilégie une activité qu’il apprécie, adaptée à ses capacités et dans laquelle il peut réellement agir : construction, dessin, modelage, collage ou coloriage, par exemple.
Non. La créativité peut aussi passer par la construction, le modelage, le bricolage, l’assemblage, la cuisine ou encore l’invention d’histoires.
Lors d’une création libre, il n’est généralement pas nécessaire de modifier ce qui ne correspond simplement pas aux choix de l’adulte. En revanche, l’accompagnement reste nécessaire lorsqu’une compétence précise est enseignée ou qu’une question de sécurité se pose.
Demande-lui ce qui ne lui plaît pas ou ce qu’il souhaitait obtenir. Cela permet de transformer un jugement global — « je suis nul » — en une difficulté précise sur laquelle il est possible d’agir.